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Le troisième duc de Massa est un compositeur mondain à la mode sous le Second Empire. La guerre de 1870 va changer le cours de sa vie, et de notre hôtel.

Le 1er mars 1871, les troupes prussiennes défilent sur les Champs-Élysées. Selon une légende tardive, le jeune duc, qui s’était engagé durant la guerre, ferme ses volets, comme tous les habitants de l’avenue, et jure de ne les rouvrir qu’au moment de la revanche... ce qui ne se produira qu’en 1919 ! D’où est née cette légende ? Du fait que le duc réside assez peu  dans son « l’hôtel solitaire », comme on le nomme alors. En fait, il vit la plupart du temps dans un de ses deux châteaux, celui de Franconville ou celui de Moncontour, et ne revient à son hôtel que pour donner des fêtes brillantes, quatre ou cinq fois par an.

Dès que l’hôtel lui appartient, en 1880, il y organise en effet des concerts de ses œuvres, grâce à la complicité de son demi-frère, le baron Roger. Pour recevoir le tout-Paris, il fait construire en 1889 une vaste salle des fêtes sur l’emplacement de l’orangerie. Il y engage à chaque fois Édouard Mangin, chef d’orchestre à l’Opéra et professeur au Conservatoire, qui dirige jusqu’à cent choristes ! Les orchidées qu’il collectionne dans son château de Franconville ornent les murs. Le jardin est décoré de verres de couleurs, de feux de Bengale, ou de lanternes japonaises. Ses œuvres sont applaudies par la princesse de La Tour d’Auvergne, le duc de Trévise, le prince de Polignac, le prince de Broglie, le comte de Ségur ou le vicomte de Noailles…

Avouons qu’elles sont des plus variées, avec des titres évocateurs : Cantate  pour les enfants d’une maison de charité, Hymne du soir dans les temples… Le 24 avril 1898, par exemple, il avait mis à son programme une suite d’orchestre, une valse lente, une marche triomphale pour orchestre, un hymne de la mort avec chœurs, un prélude religieux pour alto, « Le Papillon », pour harpe et flûte, une canzonnetta pour hautbois, tandis que Mme Rose de l’Opéra roucoulait « Pourquoi mon âme est-elle triste ? » sur un poème de Lamartine… « Le duc de Massa a été acclamé d’enthousiasme après chaque morceau par la foule élégante qui remplissait la grande salle des fêtes de l’hôtel de la rue de La Boétie », résume le Figaro.

Mais les trois cent soixante autres jours de l’année, la garde en est confiée à un vieil invalide et les volets sont clos.

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