Fabienne COURTADE

Fabienne Courtade vit et écrit à Paris. Elle collabore à des revues et des ouvrages collectifs parmi lesquels : Ralentir travaux, La Main de singe, La Rivière échappée, La Polygraphe, Action poétique, Neige d’août, Le Nouveau Recueil, Rehauts, La Revue littéraire, La Canopée, Gare maritime, Le Préau des collines, Lampe-tempête, Europe … Elle a également coopéré à la traduction collective de nouvelles et de poèmes de langue persane et signé des livres d’artistes avec Frédéric Benrath, Gilbert Pastor, Joël Leick, Thierry le Saëc, Jean-Michel Marchetti, Jean Brault, Philippe Guitton, Philippe Hélénon. Elle a animé des ateliers de poésie et de lecture, et participe à des groupes de parole, notamment en milieu hospitalier (psychiatrie adulte).

A lire : Ciel inversé I (1998) et Ciel inversé II (Cadex, 2002) ; Il reste...(Flammarion,2003), Table des bouchers (Flammarion, 2008), Nous, infiniment risqués (Verdier, 1987)…

Fabienne Courtade est chinoise : elle ignore le principe d’identité qui fonde notre logique. Du coup, elle fait ressurgir ce que notre Occident a refoulé dans l’impensable. Rien de fixé, chez elle : « Un livre que j’aimerais écrire/lire ne pourrait être un livre figé, resté immobile dans l’horizon de la page et du livre », dit-elle. Voilà pourquoi son poème ne suit pas les lignes, il est projeté sur la page, on pourrait dire déchiqueté, on peut aussi dire comme autant de notes entendues et jetées sur une partition blanche, suivant leurs hauteurs, leurs intensités, leurs rythmes.

Alors que nous voyons le monde comme un empilement d’identités fermées sur elles -mêmes, ce qui nous conduit à imaginer un drame avec un début et une fin, le chinois discerne une dynamique entre des entités contraires et sans cesse redéfinies l’une par l’autre, dans un jeu sans début ni fin. De même, le poème de Fabienne Courtade a du jeu, il ne tourne pas rond, il y manque le moyeu d’un «je». Il commence par une perte, un anéantissement de soi, il s’ouvre ainsi à des mouvements, des fulgurations, des absences, des débuts de récit, des morceaux de dialogue dont on ne saura jamais le dernier mot ; elle non plus, d’ailleurs. Si elle s’adresse à quelqu’un c’est à un disparu, ou un qui n’a jamais existé ? Son poème est un désir qui ne peut s’arrêter à un objet ; un «théâtre d’apparitions et de disparitions, dit-elle. La scène est parfois vide, et il n’y a pas de partition. Il n’y a personne, pas même moi… il faut repeupler la scène, la réécrire, reconstruire les décors… sans cesse».

Et si le réel, par-dessous ou derrière les réalités construites, c’était ça ?

Mathias Lair (juin 2013)

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