Le jury, constitué par des auteurs membres du Comité SGDL, ont défendu jusqu'au bout deux oeuvres, qui ont reçu le même nombre de voix. Deux écrivains sont donc récompensés : Marie NDiaye et Antoine Volodine. La cérémonie de remise de leur Grand Prix SGDL pour l'oeuvre se tiendra la samedi 27 juin 2026 à 18h, pendant le festival "Espèces d'auteurs", à l'Hôtel de Massa.

Deux lauréats du Grand Prix SGDL pour l’œuvre : 
Marie NDIAYE et Antoine VOLODINE

Créé en 2017, le Grand Prix SGDL pour l'œuvre récompense l’ensemble de l’œuvre d’un auteur de fiction, français ou francophone (roman, poésie, nouvelles ...).

Cette année, deux œuvres ont été défendues jusqu'au bout et ont reçu le même nombre de voix au sein du Comité de la SGDL : Marie NDIAYE et Antoine VOLODINE.

 Marie NDiaye, 
lauréate du Grand Prix SGDL pour l’œuvre (2026)

En 1985, les éditions de Minuit publiaient Quant au riche avenir, premier roman d'une jeune femme de 17 ans. Plus d'une vingtaine de livres (et quelques récompenses plus tard), le titre résonne comme une heureuse divination. De romans en nouvelles et de pièces de théâtre en albums jeunesse, Marie NDiaye poursuit son singulier chemin sans dispersion. Souvent à la lisière de l'étrange, sa langue gracieuse et magnétique glisse de l'ordinaire au fantastique, du jaune d'or au vert nausée, propageant de livre en livre un art singulier.
Depuis plus de trente ans, l'écriture de Marie NDiaye ne cesse de se développer entre œuvre romanesque et théâtrale, de questionner avec justesse le rapport des êtres au monde et à la filiation, la responsabilité morale et ce que chaque humain se doit à lui-même. 
Une œuvre puissante de la littérature française que le Comité de la SGDL honore avec enthousiasme.

 

Marie NDiaye est née à Pithiviers le 4 juin 1967 d’un père d’origine sénégalaise et d’une mère française. Elle a commencé à écrire vers l’âge de treize ans et publie très précocement son premier roman. Après l'obtention d'une bourse de l’Académie de France, elle sera pensionnaire à la Villa Médicis à Rome de 1989 à 1991. Elle écrit de nombreux romans, dont En Famille (1991), La Sorcière (1996), La Naufragée (1999) et en 2001, Rosie Carpe, publié aux éditions de Minuit, qui fut couronné par le prix Femina. 
En 2009, Marie NDiaye obtient le prix Goncourt pour son roman Trois femmes puissantes, publié aux éditions Gallimard et continue à publier de nombreux ouvrages, dont, cette année, l'anthologie Eaux secrètes. Œuvres choisies paru en « Quarto.Voix contemporaines », chez Gallimard.

Marie NDiaye a également écrit pour la jeunesse et pour le théâtre. Elle est l’une des deux seuls auteurs français vivants inscrits au répertoire de la Comédie-Française avec Papa doit manger. Elle a également coécrit en 2009 le scénario du film White Material de Claire Denis. 

Antoine Volodine, 
lauréat du Grand Prix SGDL pour l’œuvre (2026)

La SGDL couronne l'œuvre d'Antoine Volodine  peu après qu'il a annoncé la fin du Post-exotisme, édifice littéraire dont il a été le porte-parole autant que le porte-plume de bien des hétéronymes.

Ce dénouement s’incarnera autour d’un événement éditorial exceptionnel : 11 livres sous la signature du collectif Infernus Iohannes paraîtront simultanément chez 11 éditeurs différents (Actes Sud, La fabrique, L’Olivier, Minuit, Rivages, La Marelle, Robert Laffont, Seuil, les Éditions du sous-sol, La Volte et Verdier) la dernière semaine d’août 2026.

Volodine Grand Prix Oeuvre

 

On a d'abord cru, en lisant Volodine, qu'il s'agissait d'un auteur de science-fiction, mais ses premiers romans, parus de 1985 à 1987 dans la collection "Présence du futur" avaient un ton trop singulier pour réduire à ce seul genre. De fait, les romans suivants, parus chez Minuit, sont hantés par des violences du siècle passé : séquelles des années de plomb allemandes (Lisbonne, dernière marge, 1990), transposition des années trente minées par l'antisémitisme (Alto solo), dictatures sud-américaines (Le Nom des singes). Pourchassés, enfermés dans des camps (Nuit blanche en Balkhyrie), croupissant au fond des geôles, soumis à la torture (Le Port intérieur), ses personnages sont des militants révolutionnaires échoués, des "gueux" et des "Untermenschen" ravalés à une animalité dans laquelle ils puisent les principes de leur survie : ils sont des ombres de cette humanité que l'extermination a détruite (Dondog).

Ne leur reste que la parole et l'invention d'histoires labyrinthiques et de légendes de leur propre passé en des formes littéraires inédites (Vue sur l'ossuaire, Des anges mineurs, Nos animaux préférés). Cette univers d'apocalypse, Volodine l'appelle "post-exotique", et lui-même se présente non comme l'auteur de telles fictions allégoriques mais comme l'un des porte-parole de ce peuple de l'ombre qui survit au sein d'un monde détruit. Le post-exotisme se caractérise par des formes littéraires propres (romances, narrats, entrevoûtes, etc.) issues d’une création collective clandestine. Être écrivain, dans ce cadre, ne signifie pas rechercher la reconnaissance, mais témoigner, dans l’ombre et la contrainte, d’une humanité en ruine. Traducteur du russe, Volodine présente ses romans comme issus d'une "littérature étrangère écrite en français".
Le post-exotisme a démarré sa vie de papier sous le nom d’Antoine Volodine, en 1985, avec la Biographie comparée de Jorian Murgrave dans la collection «Présence du futur» chez Denoël. Après quatre premiers titres, l’auteur s’est déplacé chez Minuit (dont Le Port intérieur), puis chez Gallimard (notamment Le post-exotisme en dix leçons, leçon onze), avant de s’installer durablement au Seuil avec Des anges mineurs (Prix du Livre Inter 2000).
Ailleurs, le post-exotisme s’est déployé sous les noms d’Elli Kronauer (à L’École des loisirs), de Manuela Draeger (L’École des Loisirs et L’Olivier) et Lutz Bassmann (chez Verdier).
Contrairement à un simple pseudonyme, et dans le geste ouvert par Fernando Pessoa, un hétéronyme est un auteur fictif à part entière, avec sa propre biographie, son style, ses thèmes. Il ne s’agit pas d’un jeu de personnalités, mais d’une fiction polyphonique où plusieurs voix d’auteurs coexistent pour construire une œuvre commune, qui ne laisse rien au hasard, et qui n'est pas dénuée d'humour - dimension importante des auteurs du post-exotisme -, jusque dans les décombres.

NDiaye et Volodine

Le Grand Prix SGDL pour l’œuvre leur sera remis pendant le festival "Espèces d'auteurs", le samedi 27 juin à 18h.

Vous pouvez d'ores et déjà vous inscrire à la soirée des Prix de printemps  du 27 juin :