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Jean Claude Bologne, président de la SGDL

Bienvenue à l’Hôtel de Massa, siège de la société des Gens de Lettres, pour ce forum consacré cette année à l’auteur et à la création sur Internet.

Traditionnellement soutenu par la Société française des intérêts des auteurs de l’écrit (Sofia), ce forum est retransmis en direct grâce à un partenariat avec Web TV. Je salue donc le monde entier, qui est potentiellement à l’écoute ! Tout est dans ce « potentiellement », c’est d’ailleurs la question fondamentale posée par Internet : nous avons là une tribune extraordinaire, mais virtuelle, et pourtant les auteurs doivent aussi vivre dans le réel, non avec des droits potentiels ni des rémunérations potentielles.

Voilà le débat lancé. Nous avons deux jours pour répondre à toutes les questions que vous vous posez sur ce sujet brûlant, brûlant d’actualité aussi, si j’en juge par l’enthousiasme avec lequel vous avez répondu à ce forum, dans le public comme à la tribune. Nous avons invité l’ensemble des parties intéressées, et s’il y avait des manques patents parmi les invités des tables rondes qui vont suivre, par exemple les grands opérateurs internationaux - absence que je regrette -, ce n’est pas faute de les avoir conviés à participer à cette rencontre. Je remercie particulièrement madame la ministre Aurélie Filippetti qui a tenu à être présente malgré un agenda très chargé, ainsi que Vincent Montagne, président du Syndicat national de l’édition (SNE), qui lui aussi a dû modifier son emploi du temps pour participer à ce forum.

Nous nous proposons d’aborder aujourd’hui des questions essentielles pour les auteurs, sans sujet tabou. Certains des intervenants, nous le verrons, exprimeront des points de vue différents de ceux de la SGDL, qui a toujours organisé des forums pour écouter les autres plutôt que pour exprimer sa position. Car dans un monde mouvant, où personne n’a de réponses définitives, il importe que toutes les questions soient posées, et à tous les intervenants.

Ce qui me frappe le plus, sur Internet, c’est le ton de certitude avec lequel chacun s’exprime : on a l’impression que tout le monde sait ce qui se passera demain. Ce n’est pas notre cas : d’énormes incertitudes demandent à être levées dans un avenir plus ou moins proche, ce qui nécessite de donner la parole à tous ceux qui peuvent nous éclairer.

Nous avons centré le débat sur l’auteur et la création, car l’Internet est prioritairement abordé sous l’angle législatif ou économique, en oubliant qu’il y a derrière des hommes et des oeuvres. Pour les auteurs, que change réellement Internet ? Dans le monde du papier, l’auteur avait une identité assez facile à définir, définition appuyée sur des siècles voire des millénaires de réflexion : l’auteur est la personne à l’origine d’une oeuvre. Mais que signifie être à l’origine d’une oeuvre participative, à laquelle chacun collabore ? L’auteur est celui qui met le point final : mais comment est-ce possible pour une oeuvre évolutive ? L’auteur est repéré par un éditeur, un libraire, un critique : mais Internet ne risque-t-il pas de faire disparaître les différences entre édition et auto publication ? L’auteur qui a mis sa vie à écrire un chef-d’oeuvre dont il est fier s’y retrouve sur le même pied qu’un John McBrewster, auteur en deux ans de 188 288 livres, en vente sur Amazon.
Cela ne peut que modifier la définition de l’auteur ; c’est pourquoi les auteurs sont en général extraordinairement attentifs aux évolutions d’Internet.

Le numérique ne leur fait pas peur, mais ils savent que cela va entraîner des changements, y compris dans leur conception même de l’oeuvre et de l’auteur. Mais c’est à eux de prendre en main ce changement et de dire ce qu’ils entendent par un auteur à l’heure d’Internet. Nous ne nous laisserons plus imposer de l’extérieur ce qui est notre identité la plus profonde.

Pour introduire cette thématique de l’auteur, nous avons demandé à Milad Doueihi de bien vouloir partager ses réflexions sur l’Internet. Représentatif de ces auteurs en quête d’eux-mêmes, historien des religions devenu spécialiste du numérique, titulaire de la chaire de recherche sur les cultures numériques à l’université Laval de Québec, il a notamment publié aux éditions du Seuil La grande conversion numérique et Pour un humanisme numérique, L’imaginaire de l’intelligence devant paraître en 2013.

Je laisse maintenant la parole à Milad Doueihi, en vous remerciant tous pour votre présence.

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