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Alain Absire, président de la SGDL

Nos convictions…

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 © Muriel Berthelot

Je vais me risquer à dégager à chaud quelques lignes de force de ces deux journées. Bien sûr, il nous reviendra d’approfondir ces conclusions au cours des prochaines semaines. Nous avons abordé nos travaux en parlant d’ «environnement en apesanteur», de «perte de mémoire collective», «d’amnésie culturelle»…, autant de notions quelque peu pessimistes. En regard, nos échanges nous ont permis de dégager des pistes et des solutions devant nous permettre de redéfinir nous-mêmes les paramètres de notre identité d’écrivain, et de ressaisir l’élan qui doit être le nôtre au niveau individuel et collectif.

Ainsi, l’écrivain nous apparaissant tantôt replié sur lui-même, tantôt tourné vers l’extérieur, pouvons-nous parler de tension entre l’intime et le collectif. Naturellement, la phase de repli est nécessaire pour se ressourcer et saisir les énergies les plus fortes et les plus pertinentes qui sous-tendent l’oeuvre. C’est en ce sens que, tout en vivant sa littérature de l’intérieur, l’écrivain «bicéphale», peut être un révélateur du lien social.

Le terme de «passeur de sens» a été utilisé à maintes reprises. Être passeur de sens, c’est aussi être passeur de convictions. Plutôt que de littérature d’engagement, sans doute est-il plus approprié d’évoquer une littérature de conviction. La conviction, c’est prendre les moyens de dire le réel. C’est en ce sens que nous avons évoqué : «La littérature contemporaine, inquiète de notre temps».

Deuxième point : l’oralité. Nous avons soulevé l’idée de prolonger l’acte d’écriture par un échange social fort : lecture partagée, rencontres autour de l’oeuvre, ateliers de lecture et d’écriture, etc. Sans lecture, plus d’écrivains ! À nous de susciter de l’intérêt, voire de la passion, pour la lecture.

Le troisième point a porté sur la migration des réseaux de médiation du livre. Un élément intéressant a émergé, comme si l’auteur était appelé, dès aujourd’hui, et de plus en plus fréquemment à travers de nouveaux types de partages et de rencontres, à devenir une sorte de «nouveau personnage ancré dans la réalité», cohabitant avec ses propres personnages de fiction et intervenant pour affiner le contour et prolonger le sens de son oeuvre.

À propos de ces relais nouveaux, dont les festivals, les cafés littéraires, les clubs littéraires, voire certains ateliers d’écriture, sont les pôles les plus saillants, nous avons également parlé de «performance». À titre d’information, voilà deux semaines, la SGDL a accueilli ici même des poètes qui ont réalisé de surprenantes et troublantes performances publiques qui mêlent une infinité de possibilités créatives autour de l’écrit et du numérique, et nous proposent une forme d’interactivité créatrice très prometteuse.
Au demeurant, cette idée soulève quelques réflexions. Naturellement, tout le monde n’a pas forcément l’envie ou les capacités de se produire en public. Nous qui ne sommes ni acteurs ni musiciens avons souvent déploré de ne pouvoir bénéficier de certains réseaux de diffusion de nos oeuvres, par exemple à travers des concerts. Grâce à ces rencontres d’un type nouveau, qui font appel aussi bien à la lecture publique qu’à l’interprétation pure des textes, ou à l’utilisation des nouvelles technologies multimédia, c’est un mode inédit de partage avec le public qui se fait jour. À nous auteurs d’explorer ces nouveaux territoires presque vierges.

Le quatrième thème a porté sur notre engagement social, qui, en partenariat avec l’Éducation nationale, les maisons d’arrêt, les hôpitaux, les relais socio-culturels, etc., va de pair avec une volonté politique, qui ne relève pas que de nous. À cet égard, les difficultés existent : diminution de crédits, problèmes d’organisation, et de systèmes de rémunération des auteurs... J’ai ainsi mentionné le travail que nous avons réalisé avec, entre autres, la Maison des écrivains et de la littérature et la Charte des auteurs et illustrateurs jeunesse pour normaliser, ne serait-ce que le système de commande par les diffuseurs – collectivités locales et autres – et la couverture sociale des auteurs.

En cinquième point, nous avons souligné la nécessité qui s’impose à nous de nous familiariser avec les réseaux virtuels de création et de partage par l’Internet. Face à la montée en puissance du participatif, où l’opinion, qui peut être celle du n’importe quoi, triomphe, il est urgent que nous entrions en «résistance». Après la notion de «passeur», il semble que tel soit le second mot-clé de ces deux journées. La préservation de notre identité est à ce prix. J’ai été sensible aux propos sur la logorrhée Internet. Toutefois, notre résistance ne doit pas porter contre l’Internet, mais sur la manière dont l’information, et toutes sortes de travaux, qui n’ont de créatifs que le nom, y circulent. Notre engagement dans ces nouveaux réseaux de partage doit ainsi devenir le garant de la notion d’oeuvre.

Sixièmement, nous avons parlé d’engagement vis-à-vis du langage. À l’heure où nous sommes en phase de simplification et d’appauvrissement de la langue, où le style SMS tend à devenir la norme sur Internet, et où l’on perçoit, en particulier à l’école ou au coeur des cités, les problèmes de communication et d’insertion sociale qui en découlent, on peut parler d’urgence. La langue étant l’instrument de notre vocation, c’est avec le langage que nous allons défendre la beauté et l’universel. Si le langage se perd, au delà même de la littérature, c’est notre identité culturelle qui se diluera.

Dernier élément : dans cette maison d’écrivains qu’est la SGDL, nous constatons la grande solitude et le déficit d’information des auteurs. Un mise en responsabilité individuelle et collective des auteurs, des éditeurs – car ils auraient aussi un rôle à jouer – et des libraires, dont les espaces de vente sont nos lieux de médiation par excellence, est d’actualité. Je rappelle que la librairie indépendante est aujourd’hui en danger en France, du fait des tentatives contre la loi sur le prix unique du livre et suite à certaines dispositions de la loi sur la modernisation de l’économie, qui envisage de réduire à quarante-cinq jours les délais de paiement pour le commerce de détail.

En fin de compte, nous avons parlé des lecteurs et de la lecture, plus que je ne pensais. J’en suis ravi. Les lecteurs sont de plus en plus présents via l’Internet. C’est pourquoi il nous appartient d’aller à leur rencontre par le réseau, mais aussi physiquement. À ce titre, les festivals, les salons, les clubs de lecture, etc. sont une grande chance. Nous allons y réfléchir et tirer d’autres lignes de force. Merci à tous.

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