Sous couvert de rationalisation administrative et de simplification de l'organisation de l'État, les deux parlementaires à l’initiative de la « proposition de loi visant à repenser l'agencification pour renforcer l'action publique » s’en prennent au principal instrument de la politique publique de soutien à la filière du livre en France.

 

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Créé en 1946, le Centre national du Livre (CNL), qui fête cette année ses 80 ans, a pour missions d’encourager la création, l’édition, la diffusion et la promotion d’ouvrages de qualité, la démocratisation culturelle et le développement de la lecture auprès de tous les publics. Il contribue à la diversité et au rayonnement de la création littéraire francophone en France et à l’étranger.

Le transfert des missions et crédits d’intervention du CNL au sein de l’administration centrale du ministère de la Culture serait, d’un point de vue strictement budgétaire – si telle est l’arrière-pensée des rédacteurs de ce texte –, un jeu à somme nulle. Sauf à ce que ce projet cache en réalité une volonté sournoise de conférer au pouvoir politique la faculté de décider arbitrairement quels auteurs, quels projets éditoriaux, quels festivals littéraires méritent d’être soutenus.

Les aides allouées par le CNL sont accordées par des commissions spécialisées composées de professionnels du livre experts dans les domaines éditoriaux concernés. Le Conseil d’administration du CNL est par ailleurs le seul lieu de concertation permanente entre les organisations représentatives des acteurs de la chaine du livre (auteurs, éditeurs, libraires, organisateurs de manifestations littéraires, bibliothécaires…). Le budget d’intervention du CNL est seulement de 22 M€, soit 0,55% du budget de l’audiovisuel public français (4 milliards d’euros) et 2,75% du budget du CNC (800 M€).

La Société des Gens de Lettres appelle l’ensemble des parlementaires responsables à s’opposer à cette proposition démagogique, qui fragiliserait les auteurs et l’ensemble des acteurs de la chaîne du livre, porterait atteinte à la diversité éditoriale et aux politiques de démocratisation culturelle, et affaiblirait le rayonnement de la littérature française à l’international.