Du statut social à la condition humaine

Quel bonheur de s’engouffrer dans une histoire passionnante, de se laisser voguer sur les rivières de mots, de faire une parenthèse policière, romanesque, poétique selon son humeur, tout cela grâce aux livres. Combien de vocations, de passions ou tout au moins de curiosités sont nées grâce aux livres ? Zola et Balzac m’ont-ils aidé à m’orienter vers le métier d’assistante sociale ? Je ne pourrais pas le certifier mais ils ont certainement une part de responsabilité.

Depuis que je travaille auprès d’eux, à la Société des Gens de Lettres, je ne cesse de les questionner sur leur « besoin » d’écrire car il s’agit bien d’un besoin voire d’une obligation. Aucun d’entre eux ne parvient à me décrire précisément ce « quelque chose » qui les pousse à écrire. Ils ne peuvent pas faire autrement, ils doivent écrire. Ils noircissent donc des cahiers depuis leur plus tendre enfance. Ils évoquent très souvent des souvenirs très précis et des rencontres marquantes avec les livres. Mais les étapes sont nombreuses à franchir avant de se considérer écrivain. Parfois, même publiés, ils continuent d’affirmer qu’ils écrivent pour leur plaisir à côté de leur travail salarié ou de fonctionnaire.

L’activité d’écriture n’est pas considérée comme un travail. Et pourtant combien de temps faut-il entre l’idée première et son aboutissement en livre ? Un an, deux ans, 10 ans, 20 ans ? Tout ce temps pendant lequel une partie de l’esprit est happé, indisponible, en gestation. Tout ce travail non rémunéré mais essentiel à l’existence d’un livre. Tout ce travail est compensé par une activité rémunératrice autre, combien d’écrivain/journaliste, d’écrivain/enseignant et autre écrivain/fonctionnaire ? L’activité d’écriture est peu rémunératrice (5% seulement des écrivains vivent de leur plume) mais elle fait rêver par les écrits qu’elle produit et par le mode de vie fantasmé des écrivains.

Qui, aujourd’hui, en période de crise peut consacrer son temps à sa passion ? Prendre le temps de la solitude… Or, être écrivain est bien éloigné de cette image romantique qui lui est prêté. Il s’agit d’un métier. Oui, les écrivains travaillent beaucoup et ils exercent un métier (si l’on rapportait le montant des droits d’auteur au nombre d’heures consacrées à la rédaction d’un livre, le taux horaire serait très éloigné du SMIC horaire)

L’écrivain est à la fois, à la tête et membre d’une petite entreprise. Il endosse tour à tour le rôle de commercial et de juriste auprès des éditeurs, il devient comptable auprès de l’administration fiscale, il assure une veille sociale afin de connaitre les dernières dispositions sociales et bien sur, assure le cœur de son métier en écrivant.

Le statut social de l’auteur n’est pas simple à appréhender, il se situe entre le statut du salarié et celui de l’indépendant.

En effet, l’écrivain n’est pas salarié, il n’a pas de lien de subordination (cette liberté fait tant rêver les salariés) mais sa protection sociale est rattachée à celle des salariés à travers l’AGESSA (Association de Gestion de la Sécurité Sociale des auteurs). Les écrivains affiliés à l’AGESSA étant à jour de leurs cotisations prétendent à la même couverture maladie et vieillesse que les salariés. Les auteurs ayant perçus plus de 900 fois la valeur du smic horaire l’année précédente (8487€ en 2013) ont l’obligation de s’affilier. Ils paieront alors des cotisations vieillesse à hauteur de 6,80% de leur droit d’auteur afin d’assurer leur future retraite. Ainsi, sans affiliation les auteurs ne cotisent pas à la retraite.

Enfin comme les salariés, les auteurs ont accès à la formation continue, via l’Afdas notamment. En revanche, la caisse de retraite complémentaire (IRCEC/RAAP) appartient quant à elle, à une branche des activités indépendantes. Et tout comme les indépendants, les auteurs ne perçoivent pas d’indemnités chômage, ni de congés payés.

Compte tenu de son statut hybride, l’auteur n’a pas à s’inscrire à un quelconque registre (comme les commerçants par exemple). Il n’est pas rémunéré en salaire, ni en honoraire, n’établit pas de factures mais éventuellement des notes de droits d’auteur et est rémunéré en droit d’auteur (perception des fruits issus de l’exploitation de son œuvre).

Au niveau fiscal, le choix lui appartient de déclarer ses droits d’auteur en « traitements et salaires » ou en « bénéfice non commerciaux ». Là encore, l’écrivain se situe entre les salariés et les professions indépendantes.

De nombreuses administrations méconnaissent le statut de l’auteur (parfois, les auteurs eux-mêmes) et l’écrivain se voit toujours obligé de cocher la case « autre ». La grande partie de mon travail se situe dans cet interstice : informer les administrations et les écrivains, démêler les situations administratives complexes, soutenir, appuyer les auteurs dans leur démarche.

La Société des Gens de Lettres est une association défendant les droits des auteurs et soutient les auteurs. Depuis sa création en 1838, la Société des Gens de Lettres accorde des aides financières aux auteurs ayant publiés à compte d’éditeur (sur présentation d’une demande soumise à la Commission des aides).

 Valérie Hardé, assistante sociale à la Société des Gens de Lettres (juin 2014)

 

Permanence le lundi, mardi et jeudi

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À lire : Autoportraits de l’auteur au travail (disponible sur demande auprès de la SGDL)

 

 

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