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Après des études de philosophie à la Sorbonne - où elle reçoit l'enseignement, entre autres, d'Emmanuel Levinas, Sylvie Germain se lance dans des recherches sur l'ascèse dans la mystique chrétienne, son sujet de maîtrise, et sur le visage humain, son sujet de doctorat. Elle entre au ministère de la culture en 1981, à la direction de l'audiovisuel, et se met à écrire des contes et des nouvelles. C'est sur les conseils de l'écrivain Roger Grenier qu'elle se lance dans l'écriture de son premier roman. Le livre des nuits, publié en 1984, est salué par le public et la critique. Entre 1986 et 1992, elle connaît sa période tchèque, à Prague où elle travaille comme documentaliste et professeur de philosophie ; son roman Jours de colère, qui sort en 1989 (Gallimard) est récompensé par le prix Fémina. Sylvie Germain vit à Angoulême

 

Publications récentes : Les Personnages, Gallimard, 2004 ; L’inaperçu, Albin Michel, 2008 ; Hors Champ, Albin Michel, 2009.

Extra-ordinaire : ce qui « sort de l'ordinaire », non pas en venant d'ailleurs, mais comme
« un épanchement de l'insoupçonné enfoui dans l'ordinaire ». Les mots, lorsqu'on les interroge, se débarrassent des poncifs acquis par une lente usure. L'extraordinaire se moque de la transcendance, si on le laisse germer au sein du quotidien. Tel est le rôle de la poésie et du roman, pour Sylvie Germain, lorsqu'ils parviennent à évoquer « cette minuscule apocalypse d'une candeur confondante ». Cette vision mystique de la littérature, d'une parfaite honnêteté, nous ouvre à chaque mot de nouveaux horizons.


          Car les mots, leur définition, leurs dérives sémantiques ou leur résurrection dans leur innocence originelle, sont au centre de ce livre. Ils président d'abord à un « état des lieux » qui les interroge sur le hasard, l'invention ou la révolution. Puis viennent les mots scrupules, ces petits cailloux (scrupula) qui se glissent dans la chaussure et vous blessent au moindre pas : croyance, foi, Dieu, grandeur... Et le « pourquoi », qui donne lieu à une prodigieuse analyse de la barbarie, qui n'a pas de pourquoi (kein warum), opposée à l'évidence du mystique, qui est sans pourquoi (ohne warum). Entre les deux, il y a toute la distance entre le néant, qui ne laisse pas de place à l'existence, et le vide au creux de chaque chose, y compris de la divinité.


          Et du roman, bien sûr, dont chaque mot ne prend sa valeur que dans son écrin de silence. Une troisième partie s'interroge alors, en termes lumineux, sur l'écriture, pour aboutir, comme une illustration des courts textes qui précèdent, à une nouvelle construite comme un jeu de marelle, la structure rejoignant ici le fond du récit. Tout cela pourrait sembler un fourre-tout de textes divers ; il n'en est rien, tant les liens ténus entre les mots se nouent et se dénouent au fil des pages, par de discrets rappels. « Je ferai un vers de droit néant », disait le premier troubadour, Guillaume d'Aquitaine ; Mallarmé a fait chanter le « creux néant musicien » ; Sylvie Germain en à recueilli la mélodie.

 

Jean Claude Bologne

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