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Disparition de Werner Lambersy

Werner Lambersy Jean Pol Stercq

@ photo Jean-Pol Stercq

 

 

 

 

 

 

« Voici qu’au fond des vitres assombries de la mort, flotte un scapulaire d’ombre, tombé de l’infinie mansuétude du néant » (Cantus obscurior).

Werner Lambersy est décédé le 18 octobre dernier, moins d’un mois avant ses quatre-vingts ans. Son œuvre considérable (une soixantaine de recueils en cinquante ans) a été couronnée par le Grand Prix de Poésie de la Société des Gens de Lettres en 2004, à l’occasion de son recueil Coimbra. Il a reçu plusieurs autres prix, dont le prix Mallarmé, le prix triennal de la Fédération Wallonie-Bruxelles, le prix Théophile Gautier de l’Académie française… Né à Anvers en 1941, il a été, jusqu’en 2002, attaché littéraire au Centre Wallonie-Bruxelles de Paris. Influencé par les cultures orientales (Maîtres et maisons de thé), par les grands textes fondateurs (Dernières nouvelles d’Ulysse), attentif à l’infime détail qui révèle la plénitude du cosmos, il écrit entre la conscience de l’éphémère et l’expérience de l’infini. Tour à tour, le regard s’élève, pénètre la nuit, le ciel, l’horizon… avant de se pencher sur le crapaud, la coccinelle, les fourmis, obligeant le lecteur à embrasser d’un coup la totalité du monde :

« Il compte

Les comètes les cigales les crevettes

La minute » (Au pied du vent)

Sa « Joie sans mesure / D’être ici et maintenant » (Le jour du chien qui boite), sa confiance absolue dans les grandes forces cosmiques, l’amour, le poème, le souffle vital, se heurtent aux limites inhérentes à la nature humaine : le poète « sculpte l’infini mais n’expose que les copeaux » (Journal par-dessus bord). Le saccage du monde, la violence des hommes, les inégalités sociales peuvent lui arracher des cris de douleur. Mais les atteintes de l’âge et la proximité de plus en plus lucide de la fin n’ont pu entamer la certitude d’une continuité apaisante entre l’être et le néant, comme le note son dernier recueil paru, Mémento du Chant des archers de Shu (maelstrÖm reEvolution, 2021).

« le vide est plein    

de vos voix et c’est une chose qu’on n’est

pas près de me reprendre ! » 

Et cette voix qui a donné sens au monde et à notre vie, on n’est pas près de nous la reprendre.

 

Jean Claude Bologne

 

 

 

 

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