| |
|
|
L'hôtel, bâti à l'origine sur les Champs-Elysées, porte le nom de ses derniers propriétaires : Alfred Régnier, duc de Massa, qui l'occupe de 1857 à 1913, puis son neveu Jean, qui en hérite en 1913.
La Société des Gens de Letrres l'occupe depuis 1929.
Salle Billetdoux : Eloge de la folie...
À l’origine, cette salle était le grand salon et l’entrée principale (sur le jardin, donnant sur les Champs-Élysées). Puis elle a servi de salle à manger. Aujourd'hui, elle sert de salle de conférence et de projection.
L’hôtel fut d’abord une "folie", maison de campagne et de divertissement que l'aristocratie parisienne faisait édifier aux portes de la capitale pour abriter des plaisirs plus ou moins clandestins. Celle-ci a été construite en 1778-1784 par l'architecte Le Boursier pour Thiroux de Montsauge, seigneur de la Bretêche Saint-Nom de Champillot et administrateur des Postes. Elle s'élevait primitivement au coin de la route du Roule (aujourd’hui, rue de la Boétie) et du chemin des Champs-Élysées, en pleine campagne alors. À sa place fut construit en 1931 la First National City Bank (aujourd'hui Virgin).
La folie des Champs-Élysées connaît bien des aventures galantes : Thiroux de Montsauge le prête au comte d'Artois, frère de Louis XVI, pour abriter sa liaison avec Mlle Contat, actrice de la Comédie Française, ou au petit-fils du maréchal de Richelieu, Emmanuel Duplessis de Richelieu-Fronsac, qui le lui rachète. L'hôtel connut dix possesseurs en soixante-treize ans.
| 1784 |
Thiroux de Montsauge |
| 1788 |
Duplessis de Richelieu |
| 1793 |
vendu comme bien national, 3 entrepreneurs s'y succèdent |
| 1802 |
racheté par Bonaparte, premier Consul, pour l'état |
| 1804 |
offert au comte Marescalchi, ambassadeur d'Italie à Paris |
| 1815 |
racheté par la comtesse de Durfort (née Thiroux de Montsauge) |
| 1827 |
racheté par un entrepreneur, M. Bellet |
| 1827 |
vendu à la comtesse de Juigné, fille de la comtesse de Durfort |
| 1830 |
racheté par le comte Flahaut de la Billarderie, fils adultérin de Talleyrand, père natruel du duc de Morny, demi-frère et ministre de Napoléon III. Morny y passe son enfance. |
| 1853 |
vendu au baron Roger, banquier d'origine suisse; son beau-fils (fils d'un premier mari de sa femme) Alfred Régnier, est le troisième duc de Massa (petit-fils du ministre de la justice de Napoléon). Il occupe l'hôtel depuis 1857. |
En 1870, le duc de Massa, voyant défiler les troupes allemandes sur les Champs-Élysées, ferme ses volets et jure de ne les rouvrir que le jour de la revanche. C'est son neveu qui les rouvre le 14 juillet 1919, avant de les refermer le 15... L'hôtel reste inoccupé jusqu'en 1926, date à laquelle deux hommes d'affaires décident d'acquérir le terrain.
Théophile Bader est le président des Galeries Lafayette; André Lévy s'occupe d'opérations immobilières. Ils ne veulent pas occuper l'hôtel, mais construire sur les Champs-Élysées, devenue une grande avenue à la mode, un complexe magasin-banque-building à l'américaine. mais que faire de l’hôtel de Massa ? Classé monument historique, il n'est pas question de le démolir.
André Lévy, ami d'Édouard Herriot, ministre de l'Éducation Nationale, s'entend avec celui-ci pour offrir l'hôtel de Massa à la Société des Gens de Lettres, dans le dessein de le déplacer pierre à pierre et de libérer le terrain des Champs-Élysées. Édouard Estaunié, alors président de la SGDL, accepte bien volontiers, mais l'hôtel est au-dessus des moyens de la Société.
Un concours de générosité est alors entrepris : Théophile Bader offre non seulement l'hôtel de Massa, mais aussi le déplacement pierre à pierre sur un terrain mis à disposition par l'État, dans les jardins de l'Observatoire. L'État paya aussi les transformations intérieures : suppression de l'imposant escalier d'honneur (à la place de l'accueil actuel), transformation des salles de bain en bureaux... En échange, cependant, il demanda que l'hôtel soit offert à l'État. La Société des Gens de Lettres l'occupe depuis pour un franc symbolique, pour un bail emphytéotique de quatre-vingt-dix-neuf ans, et assume son entretien. Le chantier a duré plus d'un an, en 1927-1928. Le comité put tenir sa première séance en avril 1929.
La première pierre a été posée le 16 juillet 1927 par Edouard Herriot. Les travaux de dépose ont été menés par André-Ventre, architecte en chef des Monuments historiques, du 15 novembre au 31 décembre 1927. Les 2 480 pierres sont numérotées et déposées assise par assise. Il faudra 6 camions de cinq tonnes pour le transport. Le chantier de démolition a mobilisé 65 ouvriers spécialisés et quatre chefs; le chantier de reconstruction, 43 ouvriers et 5 chefs. On édifia l'hôtel sur dix-huit piliers et des coulées de béton. L'ensemble s'éleva à 6 millions de francs de l'époque (environ 2,8 millions d'euros). La réédification a duré jusqu'en octobre 1928. |
La pièce principale de cette salle est la tapisserie de Rohner, tissée à Aubusson pour le Mobilier National et déposée en 1958 à la Société des Gens de Lettres. Elle reproduit la médaille de la Société et représente les grands écrivains présents en 1838 lors de la fondation de la S.G.DL., et dont la plupart (mais pas tous !) ont été membres du premier Comité élu. Celui-ci rassemblait en effet dix-huit membres : on en retrouve sept sur la tapisserie (Gozlan, Dumas père, Lamennais, Arago, Desnoyers, Hugo, Villemain), en revanche, il en manque onze, et quatre ont été ajoutés (Balzac, Sand, Gautier, Salvandy) !.
| |
 |
Droits réservés |
De haut en bas et de gauche à droite : Léon Gozlan, , Achille de Salvandy, Honoré de Balzac, Alexandre Dumas père, Théophile Gautier, le théologien Lamennais, François Arago, Louis Desnoyers, Victor Hugo (jeune), François Villemain (en académicien), George Sand.
Léon Gozlan (Marseille, 1803 - Paris 1866) fut commis de librairie, secrétaire de Balzac, journaliste, dramaturge... Auteur du Notaire de Chantilly (1836), Balzac en pantoufles. Il fut du premier Comité, et président de la Société en 1856 |
Achille de Salvandy (1795-1856), officier, député, conseiller d'Etat, deux fois ministre de l'Instruction publique de 1837 à 1839 et de 1845 à 1848, ambassadeur en Espagne en 1841, en Piémont en 1843. Académicien (1835). Romancier (Natalie, 1833) et historien de la Pologne, sixième président de la SGDL. |
| Honoré de Balzac (1799-1850), deuxième président de la SGDL, entré huit mois après sa fondation. |
| Alexandre Dumas père (1802-1870), un des fondateurs et membre du comité dès 1837. |
| Théophile Gautier (1811-1872), poète (Emaux et camées), romancier (Le capitaine Fracasse, Le roman de la momie), journaliste (Figaro, La Presse)...entré plus tard au Comité. |
| Félicité de Lamennais (1782-1854), prêtre, journaliste, professeur de mathématiques, député... Auteur de Paroles d'un croyant (1834). Membre du premier Comité de la SGDL. |
François Arago, astronome, né dans le Roussillon (alors Espagnol) (1786-1853), élu à l'Académie des Sciences en 1803, fait sa carrière à l'Observatoire : directeur des observations en 1834 et directeur délégué du bureau des longitudes en 1843. Député des Pyrénées Orientales de 1830 à 1852. Auteur de traités de vulgarisation scientifique. Quatrième président de la SGDL. |
| Louis Desnoyers (1805-1868), patron de presse, directeur du Siècle, auteur de romans pour enfants (Les aventures de Jean-Paul Choppart). Véritable fondateur et septième président de la SGDL. |
| Victor Hugo (1802-1885), troisième président, un des fondateurs, et membre du Comité dès 1837 |
Abel-François Villemain (1790-1870), critique, professeur à la Faculté des lettres de 1816 à 1826, rédacteurr au Journal des débats, à la Revue de Paris, à la Revue des deux-Mondes. Académicien à 30 ans, en 1821. Député en 1830, pair de France en 1832, ministre de l'Instruction publique de 1839 à 1848, premier président de la SGDL. |
Georges Sand (Aurore Dupin, baronne Dudevant, épouse de Jules Sandeau, qui inspire son pseudonyme) (1804-1876), une des plus grande romancières de son temps (La Mare au diable, La petite Fadette....), membre du Comité de la SGDL en 1839 |
...et Rohner ? Georges Rohner (1913-2000) est une des figures majeures du groupe "Forces nouvelles" qui milite durant l'entre-deux-guerres en faveur d'une nouvelle figuration, en réaction à la vague déferlante de l'abstraction. |
|
Haut
La SGDL : Histoire, Fondateurs
Du temps de l'hôtel de Massa, cette salle était le fumoir. Elle est devenue le bureau du Président et aujourd'hui sert de salle de réception et de cocktail. Le mobilier a été déménagé au premier étage. Reste le lustre en verre à douze bras de lumière à abats jour tulipe en verre, création de Maurice Dufrêne, éditée pour la Maîtrise des Galeries Lafayette, réalisation de Gabriel Englinger, 1928.
Les bustes rassemblés ici ont une histoire : en 1885, quand la SGDL occupait un vaste appartement sur la Chaussée d'Antin, le Comité eut l'idée de meubler les pièces de bustes des grands écrivains. On écrivit aux artistes et aux familles de Victor Hugo, d'Alexandre Dumas, de Musset, de Sue, de George Sand... pour solliciter des dons, l'argent manquant pour les acquérir. Le succès de la démarche fut très inégal. Marquet de Vasselot offrit son buste de Balzac. Alexandre Dumas fils offrit le buste de son père par Chapu; il s'agit de son exemplaire personnel, car il n'avait pas pu obtenir de Chapu qu'il en fasse un nouveau tirage; il l'a envoyé en écrivant : "Qu'il soit chez moi ou chez eux, il sera toujours en famille".
Surtout, un jeune artiste qui commence à faire parler de lui, mais qui n'a pas encore acquis renommée ni commande officielle, offre le plâtre de Victor Hugo : "Je suis fier d'avoir mon buste de Victor Hugo placé dans les salons de la Société." Il s’agit d’Auguste Rodin
Qui sont-ils ? |
| Comte Anatole Marquet de Vasselot (1840-1904), sculpteur alors à la mode, auteur de statues mythologiques. Le buste de Balzac avait été commandé par la Comédie française. Le nôtre est en terre cuite pâtinée bronze. |
| Henri Chapu (1833-1891) né à La Mée sur Seine, où un musée à son nom réunit les plâtres qu'il a donnés lui-même à partir de 1865, peintre alors très connu, spécialisé dans les bustes et médaillons d'écrivains ou d'artistes, pris de Rome en 1855. |
| Auguste Rodin (1840-1917). Après le don de Victor Hugo, la SGDL lui commande en 1891 un Balzac qui fait scandale au Saln de 1898. La commande est annulée et la statue n'est fondue qu'en 1939. Elle est érigée au carrefour Vavin. Un tirage original est donné par le musée Rodin en 1950 pour le centième anniversaire de la mort de Balzac. |
Marquet de Vasselot, Chapu, Rodin : ce sont les trois grands sculpteurs des années 1880. Balzac, Dumas, Hugo : ce sont les grands défenseurs du droit d'auteur et les fondateurs de la SGDL
A l'aube du droit d'auteur |
Sous l'ancien régime, le droit d'auteur n'existe pas : les écrivains cèdent leurs droits à un libraire pour une somme forfaitaire, et ne touchent rien si l'ouvrage se vend bien. Ce sont ces libraires qui, en 1764, lancent l'idée de la propriété littéraire... mais avec la conviction qu'elle leur appartient ! La Révolution, le 30 décembre 1791, proclame au contraire, pour la première fois, le droit de l'auteur sur son œuvre, et la Convention, le 19 juillet 1793, proclame que "la propriété littéraire appartient aux auteurs d'écrits en tout genre".
Reste à appliquer cette loi. Les hommes de théâtre ont protesté les premiers contre l'ancienne coutume, grâce à Beaumarchais, qui demande en 1791 la fondation d'une société d'auteurs pour percevoir les droits faramineux des représentations théâtrales. La Société des Auteurs et Compositeurs Dramatiques (S.A.C.D.), qui voit le jour en 1829 et qui existe encore aujourd'hui, est la plus ancienne société de perception créée par des auteurs. Elle gère le répertoire du théâtre, des comédies musicales, des films...
Quant aux romanciers, ils s'inquiètent surtout des droits de reproduction dans la presse : beaucoup de journaux publient leurs œuvres en feuilleton sans s'inquiéter de les rémunérer. C'est Balzac qui lance en 1836 le premier cri d'alarme.
|
En 1836, Balzac se lance à son tour dans le roman feuilleton avec La vieille fille . C'est à cette époque qu'il appelle à constituer une société des écrivains dans une "lettre aux écrivains français", le 30 octobre 1836. Lui-même n'y adhère que huit mois après sa création, mais il prendra toujours fougueusement sa défense lorsqu'elle sera accusée de préférer l'argent à l'honneur littéraire. "Il est temps de compter avec l'intelligence, qui n'a jamais su compter avec personne", écrit-il alors...
Le véritable fondateur est un grand patron de presse, Louis Desnoyers. C'est à son domicile, rue de la Michodière, puis rue de Navarin, que la SGDL s'est constituée en 1838. Directeur du journal Le Siècle , où paraît la série des Mousquetaires de Dumas, il reprend l'idée de Balzac et réunit chez lui, le 10 décembre 1837, cinquante-quatre prosateurs pour leur soumettre son projet de constitution d'une Société des Gens de Lettres. Après plusieurs réunions, les écrivains peuvent tenir le 16 avril 1838 leur première assemblée générale. Quatre-vingt-cinq hommes de lettres y élisent François Villemain premier président. La société a d'emblée deux buts : la défense des intérêts moraux et matériels de ses membres; le secours aux écrivains nécessiteux.
Pour cela, elle dispose de sommes considérables encaissées comme droits de reproduction dans les journaux. Par son adhésion, chaque auteur abandonne ses droits à la Société, pour la durée de sa vie, et pour les laisser exploiter en commun dans la presse francophone. La Société joue donc le rôle d'agent auprès des journaux qui ont conclu des contrats avec elle. Il est donc interdit aux auteurs de traiter directement avec les journaux. La SGDL fonctionne grâce aux retenues sur les droits reversés aux auteurs.
En échange, la SGDL propose une protection contre la contrefaçon (fréquente à l'époque), une pension aux auteurs (qui ne touchaient pas de retraite), un secours ou des avances sur droit en cas de difficulté, un soutien juridique... De grands auteurs sont entrés en conflit avec la SGDL pour des problèmes de droits; ils ont le plus souvent cédé. Balzac, entré en 1838, a démissionné en 1841, disant qu'il espérait tirer meilleur profit de ses romans. Sa démission a été rejetée. Après trois démissions, George Sand intente à la SGDL un procès qu'elle gagne; la générosité du baron Taylor évite la faillite à la Société.
L'action culturelle et sociale de la SGDL est cependant saluée, ainsi que son rôle dans la défense du droit d'auteur. Victor Hugo, qui figure parmi les fondateurs de 1837, n'est président que six mois. Mais il est resté emblématique, et c'est lui qui préside en 1872 le Congrès littéraire international réuni à Paris par la SGDL C'est là que le droit de propriété littéraire est reconnu dans les grands pays de la planète. La France, grâce à la SGDL et grâce à l'aura de Hugo, a été à l'origine du droit international en la matière.
Les canons de la SGDL |
Le prestige de Victor Hugo apparaît bien dans l'affaire des deux canons de la S.G.D.L. Celle-ci, lors de la guerre de 1870, propose de contribuer à l'effort de guerre en offrant deux canons pour la défense de Paris.
Pour cela, elle organise, avec l'autorisation du poète, des lectures intégrales des Châtiments . Les grands acteurs du temps s'y succèdent (Frédérick Lemaître, Coquelin, Sarah Bernhardt...).
Les deux premières auditions permettent d'offrir deux canons, l'un baptisé "Victor Hugo" et l'autre "Châtiments" (après avoir failli être baptisé "Société des Gens de Lettres" !).
Hugo propose alors une troisième lecture, gratuite, pour les blessés de guerre et le peuple parisien. "On y fera la quête dans des casques prussiens, et le cuivre des gros sous du peuple de Paris fera un excellent bronze pour nos canons contre la Prusse".
Un reliquat de 3.500 Frs sera même offert à la Société des victimes de la guerre.
|
|
Haut
La salle du Comité : la SGDL et son mobilier Art Déco
Du temps de l’Hôtel de Massa, c'était la salle à manger. Elle a ensuite servi de chambre à coucher et a été transformée en salle du Comité dès 1929. Ici se réunissent non seulement le Comité, mais aussi les diverses commissions et collèges qui composent la Société. La SGDL est reconnue comme établissement d'utilité publique par décret en date du 10 décembre 1891. Elle est, en France, la seule association d'auteurs gérée par des auteurs, dont la vocation est de défendre le droit moral, les intérêts patrimoniaux et le statut juridique et social de tous les auteurs de l'écrit. Elle exerce une action de vigilance, de réflexion et de proposition de lois et avantages nouveaux au bénéfice de la communauté des auteurs.
Le Comité est composé de 24 administrateurs, tous écrivains ou auteurs pour la radio ou l'audiovisuel, tous bénévoles. Ils sont élus par l'Assemblée générale pour quatre ans, et renouvelés par tiers chaque année. Le Comité se réunit une fois par mois pour prendre toutes les décisions importantes. Elles sont ensuite mise en œuvre par un bureau issu de son sein, élu ou réélu tous les ans, le président ne pouvant être réélu plus de quatre fois. Le Président, le Secrétaire général et le Trésorier sont les représentants légaux de la Société et les décisionnaires.
Le mobilier Art déco
Après l'inauguration de l'Hôtel de Massa, en 1928, le président Estaunié a voulu remercier les Galeries Lafayette pour la part qu'elles avaient prise dans le transport. La manière la plus élégante sembla d'y commander le mobilier pour meubler l'hôtel. Théophile Bader invita donc Édouard Estaunié à choisir ce qu'il souhaitait dans ses magasins... mais n'envoya jamais la facture. Grâce à sa générosité, nous disposons depuis d'un ensemble Art déco homogène et unique de cent dix pièces répertoriées et classées comme monument historique en 1984.
L'Art Déco |
Né en France dans les années 1920, l’Art Déco est caractéristique de l’entre-deux-guerres, époque de profonds bouleversements. L'exposition internationale des Arts décoratifs tenue à Paris en 1925 le consacre. Après l’exubérance de l’Art Nouveau (années 1900), surtout ornemental, l’Art Déco se veut fonctionnel. S'il prône des formes simples, géométriques, des volumes massifs, il n'est nullement austère : les bois précieux aux tons chauds, les matériaux colorés le recours à l'intaille, au bas-relief, aux incrustations, manifestent sa recherche décorative. Les bois rares, acajou, citronnier, thuya, se mêlent à des matières diverses, marbre, cuir, métal... |
Notre mobilier est réalisé vers 1928 par le décorateur ensemblier de la maîtrise des Galeries Lafayette, Maurice Dufrêne. Il est dû aux grands décorateurs de l'époque : Maurice Dufrêne, Léon Jallot, Gabriel Englinger... Les formes rectangulaires chères à Maurice Dufrêne s'arrondissent dans de longues courbes et contre-courbes maniérées chez Léon Jallot.
La salle du conseil est occupée par une table de 3 m sur 5,5, dont le plateau gainé de cuir est encastré dans une bordure d'acajou. Il repose sur un piétement composé de quatre fûts colonnes aux angles et de deux fûts centraux plus petits en placage de loupe. Le tout s'appuie sur deux larges bases en plinthe de forme ovale. Les chaises en loupe de noyer sont gainées de daim turquoise. La petite table, les urnes, les écritoires et jusqu'à la clochette du président composent un ensemble homogène de la même époque.
Deux meubles dessertes, de forme demi-lune, à côtés saillants, s’ouvrent par deux vantaux en placage d'acajou moiré. Le dessus est une plaque de marbre noir veiné ocre, encastré. Celui du fond est occupé par un buste de Pierre Félix Masseau (dit Fix-Masseau) daté de 1935, représentant la comtesse Anna de Noailles, poétesse de grand talent et membre de la Société des Gens de Lettres. Celui de droite est surmonté par un tableau de Léonetto Cappiello (1875-1942) représentant le comité de la Société en 1931. La toile, inachevée, nous a été donnée en 1988 par Madame Jean Cappiello et ses enfants.
Qui sont-ils ? |
Maurice Dufrêne : Artiste décorateur (1876-1955), qui se consacre à l'ameublement et à la décoration intérieure. Dans ses premières œuvres, il suit la tendance art nouveau, empruntant beaucoup aux formes végétales. Professeur à l'école Boulle en 1913 et directeur de la Maîtrise des Galeries Lafayette, atelier d'art décoratif dont les productions sont vendues aux Galeries. |
Pierre Félix Masseau, dit Fix-Masseau (Lyon 1869 - Paris 1937), est une peintre et sculpteur français. Plusieurs œuvres au Musée d'Orsay. |
Anna-Elisabeth Bassaraba de Brancovan, comtesse Mathieu de Noailles (1876-1933), issue d'une grande famille, devient célèbre par un recueil de poèmes publié en 1901, Le Coeur innombrable. Principales œuvres : L’ombre des jours (1902), Les Forces éternelles (1920), Les Vivants et les Morts (1913), L’honneur de souffrir (1927)... |
Leonetto Cappiello (Livourne, 1875 - Grasse, 1942), peintre d'origine italienne, qui débute comme caricaturiste. Installé à Paris en 1898, il se fait connaître par des portraits charges pour Le Rire , puis comme affichiste (Ouate thermogène, 1909; Cinzano, 1922; Kub, 1931...) mais poursuit parallèlement son œuvre de peintre. |
|
Haut
La SGDL : Auteurs, Donateurs (salle à manger)
Du temps de l'hôtel de Massa, c'était l'office, qui communiquait par un monte-charge avec la cuisininstallée au sous-sol. Un passe-plat communiquait avec la salle à manger (actuelle salle du Comité). En 1928 elle servait de "petit salon" sous le nom de "salle des marbres". Elle fut transformée en 1961 en musée Alexandre Dumas, grâce à la donation de Maurice d'Hartoy et de Serge Lippmann-Dumas. Cette donation est aujourd'hui en dépôt au château de Monte-Cristo depuis 1974. La salle a été transformée en bureaux, et sert aujourd'hui de salle à manger.
L'ensemble de mobilier en placage d'acajou et de loupe de thuya de forme sinusoïdale a été réalisé d'après un dessin de Léon Jallot, pour la maîtrise des Galeries Lafayette (1928). Il est composé d'une armoire et d'un meuble à hauteur d'appui, à dessus de marbre portor noir ocre et gris. La table guéridon reposant sur un piétement en console a un plateau de marbre à l'identique.
Lustre en verre de Venise ocré à quatorze bras de lumière à coupelles de verre, création de Maurice Dufrêne et réalisation de Gabriel Englinger (1898-1983). Glace en bois et stuc doré à décor de lauriers et rubans croisés. Le vase en étain à pans, à col évasé et à piédouche à pans est de Maurice Daurat, dinandier, orfèvre et potier d’étain bordelais (1880-1969). Sur la cheminée, buste du poète et critique littéraire Guillevic (1907-1997), par Tome Serafimovski (1986).
Sont rassemblés des souvenirs des donateurs et légataires qui ont permis à la SGDL de poursuivre sa mission.
Pastel d'André Sym (André Symon) représentant Yvette Guilbert (1867-1944), chantant à l'Ambassadeur au début de sa carrière (fin du XIXe siècle) et offert à la SGDL en septembre 1946 par Max Schiller, son mari. C'est à l'Eden-Concert qu'elle met au point la silhouette qui la rendra célèbre : longs gants noirs, robe de satin vert contrastant avec sa chevelure rousse. Elle a triomphé dans les années 1890-1900 dans un répertoire léger, satyrique, parfois grivois. Après cinq opérations chirurgicales due à une grave maladie rénale, elle change de répertoire et remet au goût de jour de vieilles chansons françaises. À la fin de sa vie, elle publie plusieurs livres, L'art de chanter une chanson, La Chanson de ma vie, La passante émerveillée ... Membre de la SGDL, elle nous a fait légataires de ses droits. Chaque chanson d'Yvette Guilbert interprétée ou diffusée permet à un écrivain en difficulté de surmonter une mauvaise passe. À côté du tableau, un poème d'André Sym dédié à Yvette Guilbert.
Buste de Paul Féval par Charles Cumberworth (1811 - 1852), épreuve en bronze, fonte de Quesnel. Ce n'est pas le fameux auteur du Bossu qui a été notre mécène, mais sa descendante, Mlle Lacaille. La SGDL l'a soutenue dans un long procès qu'elle a dû intenter contre l'O.R.T.F. pour faire valoir ses droits, et elle a fait don des droits qu'elle a touchés à la SGDL, pour fonder un prix Paul Féval qui est encore remis actuellement.
Thyde Monnier, Madeleine Cluzel, Jack Thieuloy... Les grands donateurs de la SGDL ont leur place dans les bibliothèques de cette salle. Mais au principal de nos bienfaiteurs, nous devions faire l’honneur d’une salle : la salle Delly.
|
Haut
La Salle Delly
Elle porte le nom de Delly, pseudonyme commun au colonel Frédéric Petitjean de la Rosière (1876-1949) et à sa sœur Marie (1875-1947), auteurs de romans populaires à grand succès, et principaux donateurs de la SGDL. Le colonel, infirme, et sa sœur, qui s'est dévouée à le soigner toute sa vie, ont passé leur vie reclus à Versailles et se sont consacrés à l'écriture : plus de cent romans d'amour et d'aventures publiés en 35 ans, entre 1908 et 1943. Le canevas est simple : un beau prince aime une bergère et résiste aux tentations des sirènes. Prétexte pour multiplier les meurtres, enlèvements, affaires d'espionnage... Le décor emprunte à l'histoire gothique ou à l'exotisme, au folklore... Nés à un an de distance, morts à deux ans de distance, ils lègue leur fortune et leurs manuscrits à la SGDL pour les écrivains malades et nécessiteux.
Derrière l'accueil fonctionne le service de dépôt des manuscrits. Pour garantir les écrivains contre les risques de plagiat, la SGDL enregistre les manuscrits sous plis fermés qui seront ouverts devant huissier en cas de contestation.
Le canapé et les deux fauteuils sont des création de la Maîtrise des Galeries Lafayette sur un dessin de Léon Jallot. Ils sont en noyer. Le guéridon en placage d'acajou à épais plateau rond reposant sur un large fût central vient lui aussi du don de Théophile Bader.
Dans l'accueil ont été disposés les portraits de nos deux grands fondateurs, Victor Hugo, par Nadar, et Balzac par Louis-Auguste Bisson. Le daguerréotype de 1842 est le seul connu de Balzac ; il fut en possession de Nadar, à qui il est souvent attribué ; c’est d’après ce daguerréotype que Rodin a réalisé la statue de Balzac exposée dans l’entrée.
|
Le Balzac de Rodin
Une statue de Balzac avait été commandée en 1883 à Chapu, mais il était mort en 1891 sans l'avoir achevée. Après un nouveau concours, commande fut passée à Rodin, très défendu par Zola. Une somme fut versée, un délai fixé, la maquette approuvée... Mais la commande n'arrivait pas. Plusieurs réclamations furent adressées à Rodin, et le Comité fut divisé; une bonne partie ne pouvait adhérer à la vision de Balzac engendrée par le génie de Rodin. Le scandale est public et défraie les journaux. La statue fut achevée en 1898 dans les soubresauts de l'affaire Dreyfus. Le Comité était plus divisé que jamais, l'affaire avait entraîné plusieurs démissions, y compris celle du président, qui soutenait Zola. Mais le grand public était aussi hostile. L'œuvre, présentée au Salon, fut conspuée. Les défenseurs de Rodin étaient Zola et ses amis dreyfusards. Or, après la publication de "J'accuse", Rodin eut peur que son Balzac ne prenne une dimension politique et restitua l'acompte versé. La statue ne fut fondue qu'en 1939 et ne fut jamais placée devant la Comédie Française, sur l'actuelle place Colette, où elle devait être installée à l'origine, mais au carrefour Vavin où se croisent les boulevards du Montparnasse et Raspail. Le tirage original exposé dans l’entrée a été donné en 1950 à la SGDL par le musée Rodin, pour le centenaire de la mort de Balzac.
|
|
Haut
|
|