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La Censure

SEP
2010
La Censure
Vidéo de la minute SGDL sur WebTV Culture
 

Tout d’abord, cela paraît peut être évident, mais qu’est-ce que la censure ?

La censure est la limitation de la liberté d’expression de chacun. Elle est exercée sur des livres, avant d’être diffusés au public, par une personne qui détient ce pouvoir (il a pu être étatique, religieux, etc.)

Plus largement, et au delà des livres, on peut distinguer la censure politique (limitation de la liberté d’expression par un gouvernement), de la censure indirecte sous forme de pression, que peut représenter par exemple la censure économique ; et l’on peut arriver jusqu’à une forme d’autocensure.

Dans l’histoire de la littérature, on se souvient d’auteurs censurés à leur époque. Avez-vous un exemple concret à nous détailler ?

L’exemple de Baudelaire nous concerne directement à la SGDL, puisque la Société des Gens de Lettres a été l’instigatrice de la révision de son procès. En effet, depuis une loi du 25 septembre 1946, seule la SGDL a le pouvoir de saisir le procureur de la République en révision d'une condamnation prononcée pour outrage aux bonnes mœurs commis par la voie du livre, vingt ans après que le jugement est devenu définitif.

On s’en souvient, certains poèmes des « Fleurs du mal » de Charles Baudelaire avaient été interdits de publication suite à un jugement de 1857. Depuis, ces poèmes ne pouvaient pas être édités. Sur saisine de la SGDL, un arrêt de la Chambre criminelle de la Cour de Cassation du 31 mai 1949 retient donc que le délit d’outrage aux bonne mœurs n’est pas caractérisé, et casse donc le jugement de 1857 en (je cite) « déchargeant leur mémoire de la condamnation », la mémoire en question étant celle de Baudelaire et de Poulet-Malassis, son éditeur.

Nous noterons qu’il aura fallu 92 ans pour dénoncer le jugement de 1857, et que Baudelaire est aujourd’hui enseigné dans tous les lycées de France.

Et en dehors de ces cas, aujourd’hui, comment cela se passe-t-il ? Quels sont les textes ?

Aujourd’hui, en matière littéraire et de censure, le texte qui s’applique est la loi du 16 juillet 1949 sur les publications destinées à la jeunesse. Cette loi permet au Ministère de l’Intérieur de prendre trois mesures : interdiction de vendre la publication aux mineurs ; interdire son exposition à la vue du public et interdire la publicité en sa faveur.

Ensuite, il y a des associations de défense diverses et variées qui vont chercher dans le Code pénal des délits qualifiés pour pouvoir agir contre certaines publications, selon les thèmes abordés qu’elles répriment. C’est ainsi qu’au moment de la sortie de l’ouvrage « Rose Bonbon » de Nicolas Jones Gorlin, l’association L’enfant Bleu s’est basée sur un article du Code Pénal réprimant « le fait, en vue de sa diffusion, de fixer, d'enregistrer ou de transmettre l'image d'un mineur lorsque cette image présente un caractère pornographique ».

Le ministère de l’Intérieur s’en était également mêlé, sur le fondement de la loi de 1949, en écrivant un courrier à Antoine Gallimard, éditeur de « Rose Bonbon ». Finalement, le procès a été évité et le livre a été diffusé sous cellophane, avec un avertissement présentant l’ouvrage comme une œuvre de fiction.

De même, récemment, un ouvrage de Lalie Walker, « Au malheur des dames », publié aux Editions Parigramme a été attaqué par les propriétaires actuels du Marché St Pierre, sous prétexte que l’intrigue du roman, qui se situe essentiellement au marché St Pierre, porte atteinte à l’image de ce lieu. La décision du Tribunal correctionnel, puisque là encore nous sommes au pénal, n’a pas été rendue, mais nous suivons de très près cette affaire car la dérive nous semble très grave.

Et des cas d’autocensure aujourd’hui, en connaît-on ?

Il en existe certainement beaucoup dont nous n’entendons pas parler, et qui se déroulent dans les services juridiques des maisons d’édition. Un exemple récent a toutefois filtré : il s’agissait du livre de Frédéric Beigbeder « Un roman français » sorti il y a tout juste un an, à qui il a été demandé de supprimer un passage concernant un procureur de la République en poste. On peut considérer que l’éditeur a préféré « censurer » son auteur afin d’éviter d’éventuels problèmes avec la justice.

Il existe un Observatoire de la liberté de création. Pouvez-vous nous en dire plus sur cette structure ?

Oui, d’autant que la SGDL en fait partie.

La Ligue des droits de l’Homme, avec des personnalités et des associations, a créé un observatoire de la liberté d’expression en matière de création pour débattre
et intervenir sur ces questions. Cela nous permet de réagir par voie de presse à toute manifestation de censure qui nous semble condamnable. Cela concerne le livre mais, bien sûr, plus largement tous les domaines de la création. Et le travail ne manque pas……

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